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Par Alexandre Gagné
Montréal métropolitain et Métro, vus par leurs artisans.
Normal que le lancement d’un quotidien fasse jaser les journalistes. Alors imaginez quand deux quotidiens sont lancés d’un coup, sur fond de tractations juridico-financières. Controverse garantie. Depuis leur lancement quasi simultané, en mars, Montréal métropolitain et Métro font tourner les têtes.
Dans un grand local fraîchement rénové d’un immeuble de l’avenue du Président-Kennedy, au centre-ville de Montréal, ils sont une douzaine de journalistes à l’œuvre pour produire le Métro du Groupe Transcontinental. L’aventure de ces jeunes loups de l’information a commencé le 19 février. Après plusieurs jours de formation sur l’environnement informatique et le concept du journal, dicté par le siège social suédois, le vrai travail a démarré dans une atmosphère de fébrilité.
L’équipe se compose d’un rédacteur en chef, de deux chefs de pupitre, de cinq journalistes-pupitreurs, de trois reporters et d’une correctrice. Leur tâche n’est pas simple. Une grande part de l’opération revient aux journalistes-pupitreurs, chargés de remplir les différentes sections du quotidien avant l’heure de tombée fixée à 23 heures.
«C’est beaucoup de recherche pour trouver la nouvelle et les sujets à traiter. On fait énormément de réécriture et de synthèse des textes», observe Alexandre Paillé, un diplômé de science politique mordu d’information internationale.
Pour Paillé et ses collègues, le travail dépasse le simple copier-coller des textes sources, comme ont raillé plusieurs journalistes en découvrant la formule Métro. N’empêche. Le travail, selon les artisans de Métro, reste un véritable traitement de l’information comme partout ailleurs.
Faisons maintenant un saut dans le Vieux-Montréal, au deuxième étage du 400, rue Mc Gill, où sont publiés les deux hebdos culturels gratuits de Quebecor, le Mirror et le journal Ici. C’est dans ce petit local surchauffé que travaille la non moins petite équipe du Montréal métropolitain. Petite parce que seulement trois journalistes y travaillent à produire le même nombre de pages que le journal concurrent. La naissance du Montréal métropolitain s’est faite en l’espace de quelques heures. Pas de longue gestation comme chez Métro.
«On m’a appelé en entrevue le mardi [6 mars]. J’ai eu à peine une heure de réflexion pour décider d’embarquer ou non dans le projet, puis le jeudi, on commençait à planifier la première édition du lundi», raconte Benoît Rioux, fraîchement diplômé du cégep de Jonquière en art et technologies des médias. Le jeune Rioux côtoie des vétérans comme Jean-Claude Grenier, un vieux routier de la presse écrite hebdomadaire, bien connu à Laval, où il a travaillé pendant près de 20 ans pour le Courrier de Laval de Transcontinental avant de se retrouver à la pige puis, tout récemment, dans le camp de Quebecor. «Notre défi, c’est de battre l’horloge. On doit sortir le journal pour 21 h 30, maximum 22 h. On doit essayer de faire un meilleur journal que la veille», dit-il.
Les deux journalistes du Montréal métropolitain travaillent sous la supervision d’Anne-Marie Cadieux, rédactrice en chef du quotidien. Les journées sont longues et représentent une moyenne de 10 à 12 heures de travail. «On ne veut rien rater. Il faut tout voir et tout suivre de près. En fin de journée, on est un peu essoufflés. Avec les moyens que nous avons, c’est compréhensible», admet M. Grenier.
Tant au Métro qu’au Montréal Métropolitain, l’heure de tombée hâtive empêche la publication des résultats des matchs sportifs ou des soirées de gala. Un problème dont semble s’accommoder la rédaction en chef des deux quotidiens.
Sortie critiquée
Depuis janvier, la rumeur d’un nouveau quotidien à Montréal avait fait naître l’espoir d’un National Post version francophone, notamment sur la liste de discussion de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, la fameuse Journa-Liste. Or, la sortie de ces deux quotidiens de nouvelles en bref et de manchettes a rapidement été critiquée dans le milieu journalistique. Où sont les bylines? Où est le travail de recherche, de terrain? Est-ce du journalisme, quand les articles sont des papiers réécrits à partir de reportages repiqués à la télé, à la radio et sur les fils de presse? Telles étaient quelques-unes des questions des journalistes, devant ces deux nouveaux gratuits…
Chez Métro, on hausse les épaules devant le scepticisme ambiant des journalistes. «Nous, on se plie au concept de Metro International qui est un succès dans plusieurs villes de la planète. Le journal s’adresse à une clientèle multi-ethnique, ce qui explique l’abondance de nouvelles internationales dans nos pages. Les gens veulent l’essentiel», explique Marc-André Dumont, rédacteur en chef de Métro.
Chez Quebecor, c’est le contraire. L’équipe préfère mettre l’accent sur la nouvelle montréalaise et québécoise. «On est limité à quatre ou cinq nouvelles par page dans certains cas. Ce n’est pas toujours facile de résumer l’information. On se limite aux grandes questions de base : qui, quoi, où, quand, comment, pourquoi», précise Jean-Claude Grenier.
Pour «remplir» leurs pages, justement, les journalistes de Métro ont accès au fil de presse de l’agence Reuters, très versée dans l’international. Ils visitent aussi quotidiennement des tas de sites Internet où ils puisent une autre bonne part de leurs informations. Dans la salle de rédaction, un téléviseur grand écran permet aux journalistes de suivre RDI et LCN. «Même si notre nom n’apparaît pas à la fin de nos textes, nous apportons notre touche aux articles, commente Alexandre Paillé. Nous utilisons au moins deux ou trois sources différentes pour rédiger nos brèves.»
À Montréal métropolitain, l’abonnement à la Presse canadienne permet au journal d’obtenir une bonne part de son contenu quotidien. De plus, le service photos de l'agence donne à Montréal métropolitain ses éléments visuels. «On navigue beaucoup sur des sites Internet de nouvelles pour suivre ce qui se passe. Mais mon répertoire téléphonique personnel me sert encore! Je vais parfois faire des appels pour faire confirmer des faits ou garder mes contacts dans le milieu», explique Jean-Claude Grenier. Sauf que Grenier, longtemps habitué à voir son nom et sa photo quand il travaillait à Laval, avoue être un peu contrarié par l’anonymat. «Ne pas signer nos textes, j’admets que ça me chicotte. On aime bien savoir qui écrit dans un journal. Mais c’est la formule qui veut cela», dit-il.
Des liens étroits?
Une des critiques les plus répandues devant ces deux journaux : ces liens étroits avec leurs promoteurs. Lors du lancement de Métro, par exemple, la possible ingérence de la Société de transport de la Communauté urbaine de Montréal (STCUM) dans la rédaction du quotidien a fait l’objet de plusieurs questions, à juste titre. En conférence de presse, rappelons-nous, les gens de la STCUM promettaient des scoops, rien de moins, dans leur publireportage quotidien d’une page… Puis, au moment de la parution de Montréal métropolitain, le milieu a craint qu’il ne s’agisse que d’une pâle version gratuite du Journal de Montréal. La STCUM dispose certes d’une pleine page dans Métro pour informer les usagers de ses services, mais là s’arrête son rôle, assure la direction du quotidien.
«La STCUM ne sait rien. D’aucune manière, elle ne va intervenir. Ses dirigeants n’ont aucun droit de regard sur notre contenu.Odile Paradis, qui s’occupe des relations publiques de la STCUM, ne lit pas nos textes. Nous avons une pleine indépendance, lance le rédacteur en chef, Marc-André Dumont. Jusqu’ici, dit-il, il n’y a eu aucune tentative d’ingérence dans nos pages.»
On jure la même chose du côté de Montréal Métropolitain où les journalistes affirment ne pas entretenir de relation avec la rédaction du Journal de Montréal et ne pas être au courant de la une du Journal avant sa sortie en kiosque.
Avenir incertain
L’issue de la bataille entre Quebecor et Transcontinental reste encore aujourd’hui bien incertaine. D’une part, Quebecor conteste en cour le contrat d’exclusivité liant Transcontinental et la STCUM pour la distribution de Métro dans les stations de métro. Et puis, l’autre question, plus pratique, à laquelle seul le temps apportera une réponse : y a-t-il un marché pour ce type de publication? «Nous n’avons aucune certitude quant à l’avenir du journal», note Jean-Claude Grenier.
Chez Métro, l’inquiétude est moins palpable. «On nous a dit que l’engagement était ferme pour plusieurs années. C’est un investissement majeur de Transcontinental», précise Marc-André Dumont.
Quand Le 30 évoque la faiblesse du contenu publicitaire dans les pages des deux quotidiens, ce qui pourrait devenir à moyen terme un boulet, les journalistes, bien que mal à l’aise, disent que leur journal a besoin d’un certain temps pour prendre sa part du gâteau. D’ici là, les deux quotidiens peuvent compter sur deux imposantes machines derrière eux, mais pour combien de temps encore? «La recette de Metro international a été un succès dans les autres villes», rappelle avec optimisme M. Dumont, reprenant le refrain des patrons de Transcontinental.
Reste à voir si la pâte va bel et bien lever…
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Alexandre Gagné est journaliste et chef de pupitre à LCN.
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Vol. 25, no 5, mai 2001























