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Billet - On a la montréalisation que l’on mérite
Trop de nouvelles en provenance de Montréal, pas assez d’actualités locales et régionales, des effectifs réduits dans les antennes régionales… les causes de la «montréalisation» de l’information sont nombreuses. Et le symptôme, une diminution de la qualité de la couverture locale, nuit au rôle important que les médias jouent pour la société.
Par Jean-François Parent

Illustration: Pascal Élie
Cela fait des lustres que les barricades sont érigées, partout au Québec, pour décrier les multiples compressions effectuées par les grands groupes de presse dans leur offre de couverture régionale.
Qu’il s’agisse de Corus, de Radio-Canada, de Gesca ou de Quebecor Media, tous ont réduit la couverture régionale. Parfois, c’est par l’échange de textes, selon lequel le poids des médias montréalais impose une circulation trop souvent à sens unique. Parfois aussi, c’est parce que les ressources, dans les médias électroniques notamment, se concentrent à Montréal. Parfois, c’est un réseau comme TQS qui plie bagage, tout simplement.
Dans les hebdos régionaux également, on assiste à la centralisation de la production de contenu, alors qu’une même équipe de journalistes alimente quatre ou cinq publications.
Tout cela a un impact certain sur la qualité et la diversité de l’information. Et ça ne risque pas de se résorber de sitôt. À l’exception de Radio-Canada, les entreprises de presse sont des sociétés privées qui n’ont de comptes à rendre qu’à leurs actionnaires. Et comme les temps sont difficiles pour tout le monde, on voit mal comment la vague de centralisation pourra être endiguée. Ou à voir d’où la société d’État tirera l’argent pour restaurer ses antennes régionales à leur pleine capacité.
Mais la question est mal posée. Car le plus grand frein à une information locale et régionale riche et de qualité ne provient pas de Montréal. Le plus grand obstacle à l’information locale, en région, se trouve… dans les régions elles-mêmes.
Le plus grand obstacle à l'information régionale se trouve...
dans les régions elles-mêmes.
Le problème est double: d’abord parce que les acteurs locaux confinent les journalistes locaux à un rôle de faire-valoir; ensuite parce que, si elles le voulaient vraiment, les différentes instances politiques, économiques, sociales et culturelles d’une région donnée, que l’on entend souvent déplorer la piètre qualité d’une couverture locale qui diminue, se mobiliseraient pour se doter de médias solides.
Ainsi, quiconque travaille dans un petit marché constate chaque jour à quel point les acteurs de la scène locale font pression pour obtenir une couverture complaisante. Combien d’édiles municipaux ou de potentats siégeant à la Chambre de commerce locale prennent le téléphone chaque jour pour se plaindre de ne pas avoir leur photo dans le journal? Combien se plaignent d’une couverture «trop négative»? La menace de retirer la publicité n’est jamais bien loin.
Tous les journalistes, qu’ils fassent partie de grands groupes ou de médias indépendants, ont maille à partir avec des gens qui n’ont cure d’une information objective et produite dans les règles de l’art. Et qui parlent avec leurs dollars.
Pour une société d’État dont le financement est en partie garanti, le problème est moins aigu. Mais pour les autres, «retourner la plume dans la plaie» relève parfois du suicide économique.
La solution? Un patron solide, qui résiste à la pression, comme l’explique Martin Bourassa dans nos pages. Mais le meilleur patron ne pourra rien contre des citoyens, des entrepreneurs et des élus qui confondent information et communication. À plus forte raison s’il est lui-même partisan d’une information… partisane justement, comme c’est le cas pour de nombreux entrepreneurs qui se lancent dans l’aventure médiatique non pas pour informer, mais pour récolter des recettes publicitaires.
Et c’est pourquoi si, plutôt que d’aller se répandre devant chaque micro tendu en disant que l’information locale est en perte de vitesse, les élites locales soutenaient plutôt leurs médias, ceux-ci ne s’en porteraient que mieux.
«Put your money where your mouth is.» L’appel est lancé. -30-
Jean-François Parent, rédacteur en chef
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Vol. 33, no 2, février 2009
























