2012.05.21

Semaine difficile pour la liberté de presse au Québec

Cameraman

Photo: Normand Blouin - Des manifestatants plantent une cigarette allumée dans le micro de la caméra


La FPJQ est intervenue cette semaine dans une série d'incidents déplorables qui portent atteinte à la liberté de presse.


Un journaliste de Cogeco Nouvelles, Philippe Bonneville, qui couvrait la manifestation étudiante à l'intérieur de l'UQAM a été assailli par  quatre manifestants et abreuvé d'injures. Deux d'entre eux, portant des masques, ont tenté de s'emparer de son iPhone et de son matériel audio pendant qu'un autre lui arrachait la carte de presse du cou.


Le journaliste Félix Séguin de TVA s'est fait interdire par la force de suivre les manifestants qui entraient au même endroit. Certains ont menacé de lui «casser la gueule», tenté de s'emparer de sa caméra, enduit sa lentille d'un produit graisseux pour la rendre inutilisable et tenté de débrancher les fils de son équipement. En fin de compte, le journaliste a été empêché de faire son travail et il n'a pas pu faire son reportage avec toute la latitude voulue.


Dans une manifestation devant le palais de justice, des manifestants tendaient des bannières devant les caméras pour les empêcher de tourner, bousculaient des journalistes et lançaient des slogans haineux à l'endroit des médias. Un texte sur le site de Force étudiante critique mentionne que «les médias délateurs sont des cibles de choix pour les actions à venir».


La situation n'a pas été plus facile du côté policier. Le photographe du Devoir, Jacques Nadeau, a été renversé par une policière à cheval mais n'a pas été blessé.


Les journalistes Thomas Gerbet et Bruno Maltais de Radio-Canada qui couvraient une manifestation ont été intimidés. Ils ont été repoussés à l'écart d'une manifestation de manière menaçante par des policiers qui ont refusé de reconnaître leur carte de presse. Un superviseur leur a fait la leçon sur ce qu'un journaliste doit faire et ne pas faire, que les journalistes sont toujours dans leurs pattes, etc.


La ministre de la Culture, des communications et de la condition féminine, Christine St-Pierre, a dénoncé vigoureusement les agressions dont ont été victimes plusieurs représentants des médias dans les derniers jours à Montréal. «C'est vraiment rendu trop loin. Je trouve ça inacceptable. C'est un déni de liberté».


Dans un communiqué qui a semé la consternation parmi bien des journalistes, le président du Conseil de presse, John Gomery, a appelé les journalistes et les commentateurs à «une plus grande modération dans la libre expression des points de vue» dans l'espoir, dit-il, de diminuer le risque d'exacerber ou de radicaliser le conflit étudiant. Après les atteintes à la liberté de presse causées par les attaques des manifestants et des policiers faut-il ajouter d'autres atteintes à la liberté de presse par autocensure? Faut-il rendre les journalistes responsables des actes condamnables dont ils sont victimes?