Billets

Depuis janvier 2018, vous retrouvez chaque semaine, à la fin de votre lettre InfoFPJQ, sous la plume de journalistes et chroniqueurs bien connus, un point de vue ou une analyse sur l’actualité médiatique.

Évidemment, les propos tenus dans le billet n’engagent que leur auteur.

Liberté d’expression et propagande sur la planète Trump

Par Josée Legault

La guerre ouverte que mène le président américain Donald Trump contre certains médias est un cas d’espèce en soi. Insultes, excommunications, dénigrement, harcèlement verbal, accusations de «fake news», etc. En Occident, c’est du jamais vu. 

En retirant son accréditation pour la Maison-Blanche au journaliste de CNN, Jim Acosta, Donald Trump a “poussé l’enveloppe” encore plus loin.  

 

En réaction, au nom de la liberté de presse et d’expression, CNN entend poursuivre l’administration Trump devant un tribunal fédéral de Washington.  

 

Voilà même que la chaîne ultra-conservatrice Fox News annonce son propre soutien de CNN. De toute évidence, l’enjeu est grave. 

 

Depuis l’arrivée au pouvoir de Trump, la liberté de presse est en état de siège. Pour la plus puissante des démocraties occidentales, l’inquiétude est de mise.  

 

Ce nécessaire combat pour la liberté de presse, que l’on croyait pourtant avoir gagné, reprend donc de plus belle chez nos voisins. 

 

Sans idéaliser l’état actuel des médias américains, leur liberté est néanmoins un des piliers de la démocratie. Non seulement sont-ils un contre-pouvoir essentiel, mais face maintenant à un président autoritaire et mégalomane, leur rôle de «chiens de garde» de la démocratie prend encore plus toute son importance. 

 

Le danger est qu’à force d’être soumis aux coups de gueule répétitifs de Trump contre certains médias plus critiques, nous finissions par y être désensibilisés. La menace est ici non moins réelle.  

 

Comparées à Trump, les tentatives passées de l’ex-premier ministre conservateur Stephen Harper de limiter le nombre de questions posées par les journalistes canadiens passeraient presque pour une déclaration d’amour à la presse parlementaire… 

 

Cela dit, les attaques de Donald Trump sont savamment calculées. Elles ont plusieurs objectifs politiques déterminés à l’avance. 

 

Son principal objectif est de s’établir auprès de sa base comme l’unique détenteur des «faits» et surtout, de la «vérité», avec un «V» majuscule.  

 

Pour ce faire, il discrédite, au préalable et systématiquement, tout ce qui se rapporte dans les médias du moment où les reportages ou les analyses vont le moindrement à l’encontre de ses propres positionnements, aussi changeants soient-ils. 

 

Pour les discréditer, ils traitent les journalistes de «menteurs». Les reportages ou les questions posées, eux, deviennent des «fake news». 

 

Ces attaques agressives et agressantes contre certains médias et journalistes, dont CNN et Jim Acosta, servent ainsi à consolider sa base électorale et ce faisant, à s’assurer de rendre celle-ci imperméable aux faits avérés et documentés concernant sa propre administration et sa propre personne. 

 

En cela, la dangereuse stratégie polarisante de Donald Trump contre certains médias parmi les plus crédibles aux États-Unis, constitue tout d’abord une forme nouvelle de propagande politique. Nouvelle quant à sa cible : les médias. 

 

Elle n’a cependant rien de nouveau sur le fond des choses. À preuve, le passage suivant : 

 

«Hélas, tout se polarise aujourd’hui dans l’une ou l’autre direction.» 

 

Cette phrase est de feu Serge Tchakhotine, docteur ès sciences. C’est ainsi qu’en 1952, il conclut le nouvel avant-propos qu’il adjoignait à son ouvrage savant et phare, dont la première édition datait de 1939.  

 

Son titre? Le viol des foules par la propagande politique. Un grand classique en science politique. Lequel, il faut bien le dire, est malheureusement encore d’actualité.  

 

H.G. Wells en avait d’ailleurs dit ceci : «Le plus lumineux et complet exposé de la psychologie sociale contemporaine.» 

 

Impossible toutefois de savoir si Donald Trump l’a déjà lu… 

 

Josée Legault est politologue de formation. Elle est récipiendaire du Prix Reconnaissance 2015 de la Faculté de science politique et de droit de l’UQAM. Elle est journaliste et chroniqueuse politique au Journal de Montréal et au Journal de Québec où elle signe aussi un blogue d’analyse. Elle est également auteure, conférencière et proche aidante. On peut la voir et l’entendre régulièrement dans les médias électroniques.  

 

Les propos reproduits ici n’engagent que l’auteure. La FPJQ ne cautionne, ni ne condamne ce qui est écrit dans ces textes d’opinion.  

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