Billets

Depuis janvier 2018, vous retrouvez chaque semaine, à la fin de votre lettre InfoFPJQ, sous la plume de journalistes et chroniqueurs bien connus, un point de vue ou une analyse sur l’actualité médiatique.

Évidemment, les propos tenus dans le billet n’engagent que leur auteur.

Merci Hubert !

Par Nathalie Collard  

En l’espace de quelques jours, quatre personnalités publiques ont abordé dans les médias le délicat sujet de la santé mentale.

Lady Gaga, d’abord, qui a signé une lettre ouverte dans le Guardian, rappelant qu’une personne sur quatre sera touchée par un problème de santé mentale dans sa vie. Elle-même touchée par la dépression, la vedette de A Star is Born a souligné que le suicide était « le symptôme le plus extrême et le plus visible » de l’urgence actuelle en matière de santé mentale, « une urgence à laquelle nous n'avons pas répondu de manière adéquate jusqu’à présent ». Quelques jours plus tard, c’était au tour de Cœur de Pirate, sur son compte Instagram, de rappeler que, lorsqu’on est fragile, il est important de prendre soin de soi, de se protéger de ce qui peut déclencher la détresse, de se ressourcer et de se préserver. Enfin, dimanche, sur le plateau de Tout le monde en parle, après que l’humoriste Michel Courtemanche eut présenté son autobiographie, dans laquelle il aborde avec franchise sa bipolarité, le chanteur Hubert Lenoir a tenu des propos qui ont provoqué un véritable tsunami. « Ouain, j’ai un peu le goût de me crisser en feu ces temps-ci », a déclaré le jeune homme, ne se rendant pas compte sur le coup de la bombe qu’il venait de lancer. 

Les médias et la santé mentale 

On a pu le voir par l’ampleur des réactions aux propos du jeune Lenoir : il est toujours délicat de parler de santé mentale dans les médias. Le message est déformé, amplifié et potentiellement mal compris. Et, quand on est une vedette, le message peut également être récupéré. Malgré tout, je suis convaincue que les médias demeurent un espace de choix pour aborder les problèmes de santé mentale. En effet, ce ne sont pas les idées de reportage qui manquent. Encore faut-il s’y intéresser. 

La semaine dernière, à l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, un comité d’experts réunis par de la revue médicale The Lancet a rappelé que notre incapacité à répondre aux problèmes de santé mentale se traduisait en pertes de vie et en beaucoup de souffrance. On pourrait sauver 13,5 millions de vies par année si on y consacrait des moyens. « Or tous les pays sont des pays en voie de développement dans ce dossier », ont martelé ces experts, soulignant que, partout dans le monde, les soins en santé mentale offerts à la population sont insuffisants.  

Derrière ces chiffres se cachent des histoires tragiques. Il faut en parler. Prenons l’accès aux soins, par exemple. En santé mentale, le temps d’attente se compte en mois et peut avoir un effet déterminant. Or, le temps, c’est ce qui peut faire une différence entre une personne qui passera à travers une crise et une personne qui se suicidera. Une personne souffrante prise à temps, c’est une personne qui, ultérieurement, pourra avoir une vie normale, aimer, travailler, participer à la vie de sa société, mener une vie satisfaisante. 

On entend souvent dire que la psychiatrie est le parent pauvre de la médecine. Or, à moins de vous planter un « exacto » dans une veine – et encore faut-il que ce soit une veine importante – c’est presque impossible de voir un psychiatre au Québec. Voir un psychologue dans le secteur public ? Oubliez ça. Même les psychologues qui pratiquent en cabinet privé ont une liste d’attente. Dans certaines régions du Québec, l’offre de soins en santé mentale est pratiquement inexistante.  

Quels sont les impacts du manque de soins en santé mentale dans les urgences des hôpitaux ? Le personnel hospitalier est-il toujours bien formé pour accueillir cette clientèle ? Quels sont les coûts des problèmes de santé mentale pour la société, les familles, les milieux de travail, etc. Et, surtout, que ressentent les gens atteints ? À quoi ressemble leur vie ? Il y a tant de sujets à creuser, d’histoires à raconter, de scandales à dénoncer.  

À l’heure actuelle, c‘est une sitcom présentée à Ici Radio-Canada qui fait le meilleur travail de vulgarisation. Dans Trop (présentée les mercredis à 21h), le personnage d’Anaïs incarné par Virginie Fortin est bipolaire. Dans des scènes parfois drôles, parfois touchantes, l’auteure Marie-Andrée Labbé réussit à expliquer au public ce qu’une personne bipolaire peut vivre. Par la comédie, Trop effectue un travail essentiel contre les tabous et les préjugés. 

Mais une émission de divertissement ne peut pas porter seule la responsabilité d’informer la population. Les médias d’information ont aussi leur rôle à jouer pour lutter contre les tabous et les préjugés. 

Avant-hier, on a appris que le prix En-tête pour le reportage sur la santé mentale au travail, créé en 2016, a été scindé en deux. Il y aura désormais une bourse de 1000 $ remise à un journaliste francophone qui aura réalisé un reportage sur un enjeu en santé mentale. « Nous invitons les journalistes à couvrir les enjeux en santé mentale avec la même énergie et le même enthousiasme qu’ils ont pour les autres sujets, a déclaré Cliff Lonsdale, président du Forum des journalistes canadiens sur la violence et le traumatisme. La santé mentale ne doit plus être un sujet tabou pour le journalisme rigoureux. »  

Pour être admissible, il faudra soumettre un reportage original publié ou diffusé au Canada en 2018. Vous pourrez faire parvenir votre dossier entre le 21 janvier et le 15 février 2019. Le prix En-tête sera remis le 5 mai, à Montréal, lors de la soirée de gala de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec. Je serai la première à applaudir. 

Nathalie Collard est journaliste depuis plus de 25 ans, à l’emploi de La Presse depuis 2001. Elle a couvert le secteur des médias durant de nombreuses années, et ce, pour plusieurs publications. Elle est également l’auteure de plusieurs essais.  

Les propos reproduits ici n’engagent que l’auteure. La FPJQ ne cautionne ni ne condamne ce qui est écrit dans ces textes d’opinion.

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