Billets

Depuis janvier 2018, vous retrouvez chaque semaine, à la fin de votre lettre InfoFPJQ, sous la plume de journalistes et chroniqueurs bien connus, un point de vue ou une analyse sur l’actualité médiatique.

Évidemment, les propos tenus dans le billet n’engagent que leur auteur.

Une image vaut parfois mille maux

Par Josée Legault 

En cette ère de médias sociaux et d’écrans multiples, les images se font de plus en plus souvent trompeuses. Sur Twitter, Facebook ou Instagram, elles défilent sous nos yeux à des vitesses vertigineuses. Et ce, non seulement chez les journalistes dont la navigation web fait partie du métier, mais aussi – et surtout –, dans la population elle-même.  

 Il n’y a qu’à prendre le métro ou le bus pour le constater. Chacune et chacun, ou presque, bien installé dans « sa » bulle, est rivé à « son » écran de choix. 

Le regard étant plus rapide que l’intelligence, nous captons image après image après image. Le temps de tenter de les analyser et de les comprendre est devenu un luxe. Dans notre profession, nous savons cependant que nous nous devons de le trouver.

Le dernier exemple en date est cette désormais célèbre vidéo tournée aux États-Unis montrant un homme âgé autochtone jouant du tambour et entouré de jeunes hommes blancs, y compris un face à face avec un de ces jeunes portant la fameuse casquette trumpienne « Make America Great Again ».

L’impression immédiate était celle de jeunes hommes racistes et menaçants pour l’aîné pacifique amérindien. Le trumpisme à son paroxysme, quoi.

Sur les médias sociaux et traditionnels, la traînée de poudre fut immédiate et à l’avenant. Les condamnations pleuvaient et l’indignation explosait sur toutes les plateformes. 

« Des lycéens catholiques se moquent d’Amérindiens aux États-Unis », titrait-on un peu partout.

Puis, coup de théâtre. Pour citer le Huffington Post : 

« Un Autochtone américain ridiculisé par des élèves d’une école catholique devant le Lincoln Memorial a raconté dimanche s'être placé entre deux groupes afin de désamorcer une confrontation alors que l'étudiant, au centre de vidéos devenues virales, a affirmé qu'il voulait ‘‘ apaiser la situation ’’ ».

Dans une entrevue accordée à l'Associated Press, Nathan Phillips a expliqué dimanche qu'il avait tenté de maintenir le calme entre les élèves et des Noirs d'un groupe religieux. Les élèves avaient participé à une manifestation contre l'avortement tandis que M. Phillips était présent à la Marche des peuples autochtones qui s'est déroulée le même jour. 

« Quelque chose m'a fait me mettre entre eux, c'est clair, a-t-il dit. Ce que j'ai vu, c'est que mon pays était déchiré. Je ne pouvais pas rester là et laisser cela se produire. »

Conclusion : la vidéo était incomplète. Il y manquait quelque chose d’aussi majeur que la globalité de l’histoire. 

Dans les faits, le piège est toujours là, quelque part. Celui de voir ce que nous voulons bien voir. 

En ces temps de polarisation extrême où les réactions se mesurent en secondes et non plus en heures – et encore moins en jours –, le piège de la réaction outrée (ou favorable) instantanée est non moins réel. 

Dans notre profession, chacun de ces « incidents » est un voyant jaune, un avertissement, un appel à la prudence. Les échanges en silos nourris par les algorithmes sont autant de sirènes trompeuses auxquelles il est également essentiel de résister.

À l’heure où même le président des États-Unis gazouille tard le soir ses propres attaques polarisantes en criant constamment aux « fake news », cette prudence élémentaire n’en devient que plus nécessaire encore.

 

Josée Legault est politologue de formation. Elle est récipiendaire du Prix Reconnaissance 2015 de la Faculté de science politique et de droit de l’UQAM. Elle est journaliste et chroniqueuse politique au Journal de Montréal et au Journal de Québec où elle signe aussi un blogue d’analyse. Elle est également auteure, conférencière et proche aidante. On peut la voir et l’entendre régulièrement dans les médias électroniques.  

Les propos reproduits ici n’engagent que l’auteure. La FPJQ ne cautionne, ni ne condamne ce qui est écrit dans ces textes d’opinion.  

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